Maison blanche et oiseau bleu

 

J’ai attendu avant d’écrire ce billet, pour enfin connaître le résultat d’une élection américaine totalement inédite. Inédite d’abord car elle a mis en lumière la fracture entre deux amériques, deux visions, deux valeurs. Inédite également car elle oppose deux hommes profondément différents. Portant chacun un regard sur la politique et leur pays qui sont aux antipodes. Et inédite enfin car elle a montré comment la communication et les réseaux sociaux – qui avaient déjà joué un rôle prépondérant durant l’élection précédente (cf Cambridge Analitica) – se sont imposés comme les outils les plus puissants pour séduire, convaincre mais aussi détruire en période électorale.

Et pourtant ; nous voilà au moment où j’écris ces lignes plus de 72 heures après la fin officielle du vote ; et même si la victoire commence à se dessiner pour le candidat démocrate Joe Biden, restons prudents ; le système électoral américain nous a montré déjà à travers l’histoire qu’il faut prendre les projections avec des pincettes (l’élection de 2000 opposant G.W Bush et Al Gore) tant que le résultat officiel des grands électeurs n’a pas été définitivement validé par les juridictions compétentes du pays.

En attendant le résultat, qui peine à arriver, c’est une véritable guerre de communication qui s’est engagée

Comme si, de tout ce qui fait une élection, elle en était devenue l’atout suprême, et la seule raison d’être d’un processus démocratique profondément en crise. La campagne entre Trump et Biden a été un long combat de joutes verbales. Faisant passer l’économie, la santé, le droit ou encore les relations internationales au second plan. Face aux attaques personnelles que l’un est l’autre (surtout pour l’un d’ailleurs) se sont lancées avant, pendant et après l’élection. Souvenez-vous ; la théorie QAnon, les publicités ciblées peignant Joe Biden comme un communiste, les rumeurs d’un candidat souffrant d’Alzheimer en incapacité de gouverner le pays. Ou encore le débat d’ouverture à Cleveland qui a été aussi inaudible qu’agressif faisant déjà redouter le pire pour les semaines à venir jusqu’au dénouement final.

Scotché à notre télévision, américains comme non américains se passionnent pour cette élection !

De façon un peu malsaine il faut l’avouer – pour ce scénario digne d’une télé réalité de grande ampleur. Dans laquelle le gagnant ne remporterait cette fois ni argent, ni amour mais la fonction présidentielle la plus puissante du monde – ou encore considérée comme telle -. Pennsylvanie, Michigan, Géorgie… voilà les protagonistes qui a tout moment créeront le rebondissement tant attendu.

Alors, dans ce désordre, il fallait prendre la parole le premier, pour montrer qui garde le contrôle ; ce n’est plus dans les bureaux de vote mais sur Twitter et CNN que se joue l’élection. Et les premières réactions n’ont pas tardé, réactions qui collent parfaitement aux personnages et à leur caractère. C’est évidemment Donald Trump, qui nous a habitué a twitter plus vite que son ombre depuis 4 ans, qui a ouvert le bal. Et alors que nous pensions avoir tout vu, voilà que celui-ci, après une courte nuit de dépouillement, anticipe déjà la suite des évènements en écrivant en toute détente « Les démocrates nous volent l’élection », suivi de promesses de recours juridiques et autres propos qui décrédibilisent une nation qui s’est toujours vue comme fer de lance de la démocratie dans le monde ; « Sleepy Joe », comme l’appelle son adversaire, contre-attaque à peine 7 minutes plus tard, en publiant : “Nous ne nous accorderons aucun répit, jusqu’à ce que chaque bulletin de vote soit compté », tout en appelant au calme et à la patience.

Nous aussi, reste du monde, patientions tranquillement que cette telenovela – puisque c’est bien de cela qu’il s’agit maintenant – prenne fin. En souhaitant le meilleur aux États-Unis pour les années à venir. Et en espérant aussi que la dernière présidence et cette élection calamiteuse feront prendre conscience à tous le pouvoir nocif que peuvent exercer 150 caractères sur nos idéaux démocratiques.


Mise à jour du 9 novembre : Congrats Joe !!!!!!!!